j'ai enfin vu "The Butterflly Effect" dont on m'avait tant parlé. Encore un de ces films que je n'ai pas eu le temps d'aller voir lors de sa sortie.
J'étais curieuse car la fameuse métaphore de la théorie du chaos à l'origine du titre du film (le battement d'aile d'un papillon peut résulter en un cyclone sur l'autre hémisphère) était à la base d'une nouvelle de SF qui m'avait marqué ado. Je crois qu'elle était d'Asimov; et elle m'avait marquée car contrairement à la plupart des récits de SF dont je m'abreuvais, qui sont somme toute assez innoffensifs, elle m'avait mis mal à l'aise.
C'était l'histoire de cet homme vivant dans un futur où le loisir le plus onéreux est de partir à la chasse dans le passé, pour abattre le gibier ultime, le dinosaure. On le briefe bien avant de partir: il va abattre un animal qui va mourir de toute façon, afin que son geste ne perturbe pas le cours de l'avenir. Pour éviter toute interaction, il doit de surcroit impérativement rester sur une passerelle qui ne touche pas le sol. Bref, notre héros remonte le temps, se paye une belle émotion en abattant le tyranosaure; mais trébuche et met un pied hors du chemin. Bon, ça n'a pas l'air bien grave, il décide de ne pas reporter l'incident. Il repart dans son présent, et à la sortie de la capsule, il est éberlué: l'homme qui l'avait envoyé dans le passé n'est plus le même, la mode est complètement différente, le candidat gagnant à l'election de la veille n'est plus le même etc. Et il découvre sous la chaussure: un paipillon écrasé. Et puis je ne sais plus à la suite de quel logique, l'employé lui annonce qu'il va devoir lui oter la vie, pour rétablir le cours initial du temps. Enfin, c'est la disproportion qui est traumatisante: un insecte écrasé et on finit au casse-pipe. Brrrr !
Donc le film est basé sur le même principe à peu près: on suit l'histoire d'un jeune homme, de 7 ans à 22 ans environ, qui est sujet à une maladie mentale qui lui occasionne des blackouts, des trous de mémoire dans les moments les plus traumatisants de sa vie, ce qui le laisse relativement équilibré, alors que ses amis d'enfance, pas aussi "chanceux", sont eux marqués à vie par les expériences qu'ils partagent. Adulte, il découvre qu'il peut accéder à ces souvenirs occultés et sous forme de rêves éveillés, remodeler le passé. Il tente alors de réparer toutes les personnes autour de lui; mais "effet papillon" oblige, il ne maitrise pas toutes les conséquences des changements qu'il suscite.
Le concept est très bon. Les acteurs sont excellents. La réalisation est intéressante; Les effets visuels sont efficaces et assez discrets somme toute. Pourtant j'ai été un peu déçue. (à partir d'ici: SPOILERS)
La première fois qu'il change le passé, il reviens dans un monde très différent de celui qui l'a laissé: c'est comme si la société avait évolué différement, juste par son geste pour aider une personne. Bien que ça soit un peu outré comme vision (et saturé au niveau des couleurs, mamma mia ! On attérit à Barbie-land!), même trop pour être crédible: comment son geste a pu amener des changements aussi radicaux; j'étais partante pour le trip. Le problème c'est que ses changements ultéreurs, si ils modifient radicalement sa vie à lui, ne semblent pas affecter le reste du monde comme cela l'avait fait la première fois. C'est comme si les réalisateurs (ils sont deux) avaient trop déliré la première fois et était revenu à quelque chose de plus sage ensuite. Bref, j'ai trouvé que ça brisait d'unité. Maintenant, je n'ai peut-être pas remarqué les changements les autres fois ?...Si quelqu'un a vu le film et a un avis différent, je veux bien l'entendre.
Dans le genre film à tiroirs, j'ai préféré "Donnie Darko" (un petit bijou).
Soudain, hier soir, j'ai eu envie d'aller au cinéma au lieu de rentrer. C'était impératif. Tant pis si je me couche encore à 1h, j'avais besoin de ma dose. Pas n'importe laquelle. Pas une comédie (c'est mieux d'être plusieurs), pas une film d'action genre Sahara (gasp!), non, une envie d'être surprise. Comme ma dernière envie de ce genre ("Innocence") avait été une belle découverte, j'étais prête à retenter l'expérience. Je sentais aussi que ce film n'allait pas rester à l'affiche très longtemps.
Je l'avais repéré par son affiche dans un arrêt de bus et aussi par le fait que je n'en avait pas entendu parler (!), alors qu'il y avait Robert de Niro, Harvey Keitel, bref, des pointures dont d'habitude on entend arriver les prestations. En plus un film historique...et puis le sujet me fit penser à "la Controverse de Valadolid", une perle. Donc, allons-y !
J'ai eu du mérite car, Dieu sait pourquoi, les pubs ont durée 25 minutes ! Ce qui m'a permis de me souvenir de ce que je voulais faire ce soir là: appeler Manou pour son anniversaire et rappeler Valérie (il faut croire que je cherche les occasions de louper les rendez-vous téléphoniques, c'est maladif !).
Le démarrage du film m'a un peu déçue: la photo n'était pas très recherchée; on sentait qu'on assistait à une reconstitution; on ne se sentait pas à l'époque. Finalement, j'ai réussi à y rentrer...à peu près; mais de Niro avec une mitre sur la tête, décidément, non, ça ne le faisait pas. Harvey Keitel quant à lui n'a pas pu donner toute sa mesure, Gabriel Byrne avait trop de cheveux sur la tête (où est votre tonsure mon frère ?...), Dominique Pinon parlant anglais avec une perruque à la Louis XIV (aïe, aïe, aïe)...que de bons acteurs mal utilisés ! Enfin, pour rattraper il y avait Geraldine Chaplin en abbesse pleine de compassion avec une magnifique coiffe démesurée (elle passait à peine dans les escaliers ! C'est à se poser des questions sur la fonction de cette tenue...).
Pourtant le sujet est intéressant (je vous en parle enfin): au début du XVIIIeme siècle, au Pérou, un pont se brise, entraînant dans l'abîme 5 personnes. Un moine franciscain qui assiste à la tragédie en est tellement marqué qu'il va enquêter pendant plusieurs années pour tenter de trouver un sens à la mort de ces 5 personnes que le destin (Dieu en ce temps là) a choisi de sacrifier ce jour là. Au cours de ce voyage dans ces vies, l'amour sous toutes ses formes est présent: filial, parental, romantique, fraternel, mystique; silencieux, rejeté, lyrique, passionné...belle peinture. Malheureusement les performances ne sont pas mises en valeur, les aller-retours entre le procès du moine et les flash back sont déroutants, les dialogues sont alambiqués au détriment parfois de l'émotion: voilà ce qui manquait: l'émotion.
Tout cela donne plutôt envie de lire le livre de Thornton Wilder dont est tiré le film; ou de tester une des deux autres adaptations au cinema qui datent de 1929 et 1944...
